Le réchauf­fe­ment des océans modi­fie la répar­ti­tion des espè­ces mari­nes et la taille des indi­vi­dus.

A prio­ri, c’est une bon­ne nou­vel­le : le chan­ge­ment cli­ma­ti­que entraî­ne une aug­men­ta­tion de la bio­di­ver­si­té mari­ne. En effet, en rai­son de l’environnement plus rude qu’elles offrent, les eaux froi­des abri­tent moins d’espèces ani­ma­les que les chau­des eaux tro­pi­ca­les. Plus on se diri­ge vers les pôles, plus le nom­bre d’espèces mari­nes chu­te. Or avec l’augmentation de la tem­pé­ra­tu­re de l’eau, on obser­ve un dépla­ce­ment géo­gra­phi­que des espè­ces : cel­les bai­gnant dans les eaux tro­pi­ca­les gagnent les eaux froi­des qui se réchauf­fent.
En mer du Nord, la tem­pé­ra­tu­re a déjà grim­pé d’un degré depuis les années 1980. « Si cela conti­nue, il est fort pro­ba­ble que l’anchois, que l’on trou­ve au lar­ge de l’Espagne et du Gol­fe de Gas­co­gne, remon­te et s’installe dans la mer du Nord », com­men­te l’océanologue Gré­go­ry Beau­grand.

Matu­ri­té sexuel­le avan­cée
On pour­rait s’en réjouir, cet­te aug­men­ta­tion de la diver­si­té des espè­ces tou­che aus­si bien les pois­sons que le planc­ton, ces ani­maux micro­sco­pi­ques qui vivent en sus­pen­sion dans l’eau et qui ser­vent de nour­ri­tu­re aux pre­miers. Mais un phé­no­mè­ne inquié­tant se dérou­le en même temps : les indi­vi­dus devien­nent plus petits.
La cau­se de ce « nanis­me adap­ta­tif » est dou­ble. D’abord, les espè­ces tro­pi­ca­les sont plus peti­tes que cel­les des eaux froi­des : leur arri­vée fait dimi­nuer la taille moyen­ne des espè­ces pré­sen­tes. Ensui­te, plus l’eau est chau­de, plus la crois­san­ce des ani­maux est rapi­de. « Par consé­quent, les indi­vi­dus attei­gnent leur matu­ri­té sexuel­le plus rapi­de­ment, à une taille plus peti­te », éclai­re le cher­cheur. Résul­tat : cer­tai­nes espè­ces éprou­vent des dif­fi­cul­tés à se nour­rir. Les lar­ves de morue, par exem­ple, ont plus de mal à trou­ver le planc­ton néces­sai­re à leur crois­san­ce et à leur sur­vie. Du coup, les stocks de morue ont été divi­sés par 10 depuis les années 1970 en mer du Nord, la pêche ne pou­vant être la seule res­pon­sa­ble de cet­te dégrin­go­la­de.

Piè­ge à CO2 moins effi­ca­ce
Si cer­tai­nes espè­ces pros­pè­rent, d’autres sont donc mena­cées. Leur dis­pa­ri­tion de leurs zones géo­gra­phi­ques actuel­les est sus­cep­ti­ble de bou­le­ver­ser les acti­vi­tés humai­nes qui en décou­lent, com­me la pêche ou l’élevage de coquilla­ges. « Le rôle du cher­cheur est d’anticiper ces modi­fi­ca­tions pour que nous, humains, puis­sions nous adap­ter à temps », sou­li­gne l’océanologue.
Le nanis­me a une autre consé­quen­ce inquié­tan­te. Les océans absor­bent un tiers des émis­sions de dioxy­de de car­bo­ne (CO2) que les acti­vi­tés humai­nes rejet­tent : il se retrou­ve pri­son­nier dans
les cara­pa­ces, les coquilles, les ossa­tu­res, les excré­ments des ani­maux marins qui, une fois morts, tom­bent en par­tie au fond des océans. Or moins les indi­vi­dus sont gros, moins ils retien­nent de CO2. Par consé­quent, le réchauf­fe­ment des océans, en dimi­nuant leur capa­ci­té à pié­ger le CO2, pour­rait ampli­fier le chan­ge­ment cli­ma­ti­que. Un cer­cle vicieux.

Espèces tempérées chaudes © DR
Dépla­ce­ments géo­gra­phi­ques. Sous l’effet du réchauf­fe­ment des océans, les espè­ces de zoo­planc­ton pré­sen­tes dans les eaux chau­des se dépla­cent vers le Nord, com­me ici entre 1958 et 2002. On obser­ve les mêmes mou­ve­ments chez les pois­sons com­me les anchois, mais l’absence de pro­gram­me de sui­vi des pois­sons à gran­de échel­le empê­che de les car­to­gra­phier.



+ d’infos
Les mena­ces sur la bio­di­ver­si­té de la mer du Nord (ani­ma­tion Fla­sh)

Grégory Beaugrand
Gré­go­ry Beau­grand
“Quand il n’observe pas les oiseaux au cap Gris-Nez, cet ori­gi­nai­re de Boulogne-sur-Mer ani­me l’équipe bio­di­ver­si­té et cli­mat du labo­ra­toi­re d’océanologie et de géos­cien­ces (CNRS/université du Lit­to­ral Côte d’Opale/université de Lil­le), à Wime­reux. Il est aus­si, depuis 2007, mem­bre du GIEC, le grou­pe­ment d’experts inter­gou­ver­ne­men­tal étu­diant l’évolution du cli­mat.”
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