Son cata­ly­seur, c’est l’innovation. Alors quand l’opportunité de conce­voir un déodo­rant nou­vel­le géné­ra­tion pour l’Oréal s’est pré­sen­tée, Jean­ne Ber­na­det­te Tse Sum Bui, ingé­nieu­re de recher­che au Labo­ra­toi­re Génie Enzy­ma­ti­que et Cel­lu­lai­re (GEC) de l’Université Tech­no­lo­gi­que de Com­piè­gne (UTC) n’a pas hési­té une secon­de

 

Jeanne Bernadette Tse Sum Bui, ingénieure de recherche à l’Université Technologique de Compiègne (UTC)

Jean­ne Ber­na­det­te Tse Sum Bui, ingé­nieu­re de recher­che à l’Université Tech­no­lo­gi­que de Com­piè­gne (UTC)

A pei­ne s’est-elle pré­sen­tée que la bio­chi­mis­te secoue un petit tube rem­pli de pou­dre blan­che sous mon nez, résul­tat des der­niers tra­vaux sur les­quels elle s’est inves­tie : « Voi­là le fruit de nos recher­ches pour l’Oréal. On ne voit rien mais il y a des cavi­tés à l’intérieur de cha­que minus­cu­le grain qui vont être capa­bles de cap­tu­rer une molé­cu­le cible spé­ci­fi­que de la trans­pi­ra­tion », se réjouit Jean­ne Ber­na­det­te Tse Sum Bui, ingé­nieu­re de recher­che au Labo­ra­toi­re Génie Enzy­ma­ti­que et Cel­lu­lai­re (GEC) de l’Université Tech­no­lo­gi­que de Com­piè­gne (UTC). Car oui, cet­te pou­dre sera peut-être le prin­ci­pal com­po­sant de nos futurs déodo­rants !

« Cap­tu­rer la trans­pi­ra­tion »

Son prin­ci­pe ? « Cap­tu­rer la trans­pi­ra­tion » avant qu’elle ne devien­ne odo­ran­te. Car vous n’êtes pas sans savoir que les solu­tions exis­tan­tes de lut­te contre la trans­pi­ra­tion font débat : les déodo­rants anti­bac­té­riens tuent, com­me leur nom l’indique, tou­tes les bac­té­ries sur la peau, bon­nes et mau­vai­ses et les anti­pers­pi­rants contien­nent des sels d’aluminium qui bou­chent les pores de la peau… et s’avèrent très contro­ver­sés quant à leur inno­cui­té pour la san­té à long ter­me.

Mais com­ment fonc­tion­ne cet­te trans­pi­ra­tion à l’odeur par­fois si puis­san­te ? A la sur­fa­ce de la peau, en pré­sen­ce d’une bac­té­rie du gen­re Cory­ne­bac­te­rium, les molé­cu­les pré­cur­seurs des mau­vai­ses odeurs sont dégra­dées en molé­cu­les vola­ti­les odo­ran­tes chez les Euro­péens et les Afri­cains –les Asia­ti­ques, quant à eux, se pas­sent de déodo­rant car ils ne pos­sè­dent pas l’enzyme qui trans­por­te ces molé­cu­les à la sur­fa­ce de la peau…

« Pour éli­mi­ner l’odeur, il faut inhi­ber les molé­cu­les de trans­pi­ra­tion en amont de leur dégra­da­tion », expli­que l’ingénieure. Com­ment ? En asso­ciant des cen­tai­nes de molé­cu­les –mono­mè­res fonc­tion­nels– autour des molé­cu­les cibles pré­cur­seurs des mau­vai­ses odeurs pour for­mer un poly­mè­re. Ensui­te « démou­lée », la molé­cu­le cible lais­se son emprein­te –une cavi­té aux pro­prié­tés com­plé­men­tai­res (for­me, taille, char­ges…)– dans le poly­mè­re. D’où leurs noms, les poly­mè­res à emprein­tes molé­cu­lai­res – plus sou­vent appe­lés par leur acro­ny­me anglais MIP, mole­cu­lar­ly imprin­ted poly­mer. « On peut com­pa­rer ces MIP à des anti­corps syn­thé­ti­ques car à l’image d’un anti­corps qui recon­nait un agent patho­gè­ne à la sur­fa­ce d’un virus, nos MIP recon­nais­sent une molé­cu­le spé­ci­fi­que pour la cap­tu­rer et la neu­tra­li­ser. Nous avons donc syn­thé­ti­sé un poly­mè­re géné­ri­que des molé­cu­les spé­ci­fi­ques de la trans­pi­ra­tion pour ensui­te conce­voir le MIP capa­ble de le cap­tu­rer », détaille la bio­chi­mis­te.

Un déodo­rant nou­vel­le géné­ra­tion ?

Résul­tat, mélan­gés à une sus­pen­sion de for­mu­la­tion cos­mé­ti­que four­nie par l’Oréal puis mis en pré­sen­ce de sueur, les MIP ont prou­vé leur effi­ca­ci­té. Le déodo­rant à emprein­tes molé­cu­lai­res cap­te jusqu’à 60 % des molé­cu­les de trans­pi­ra­tion sans per­tur­ber la flo­re bac­té­rien­ne natu­rel­le de la peau. « Nous avions la preu­ve de concept, se sou­vient Jean­ne Ber­na­det­te Tse Sum Bui. Depuis, nous avons opti­mi­sé la for­mu­le du MIP et les tests sont en cours à l’Oréal. »

Ce déodo­rant nou­vel­le géné­ra­tion sera-t-il aus­si effi­ca­ce qu’un anti­pers­pi­rant sur l’Homme ? Quel­le quan­ti­té met­tre ? Com­bien de temps son action va-t-elle durer ? Sur ces ques­tions, la bal­le est doré­na­vant dans le camp de l’Oréal. Car pour Jean­ne Tse Sum Bui, seule l’innovation comp­te et les nou­veaux pro­jets affluent.

Alexan­dra Pihen

 

Une médaille de Cris­tal pour Jean­ne Ber­na­det­te Tse Sum Bui

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Une heu­re d’échange avec Jean­ne Ber­na­det­te Tse Sum Bui, ingé­nieu­re de recher­che au labo­ra­toi­re Génie enzy­ma­ti­que et cel­lu­lai­re (GEC) de l’Université Tech­no­lo­gi­que de Com­piè­gne (UTC) depuis 2006, suf­fit à démon­trer son inves­tis­se­ment. Inta­ris­sa­ble sur ses acti­vi­tés de recher­che, elle a par ailleurs enca­dré trois doc­to­rants en 2016 et est très fiè­re d’annoncer qu’ils sont aujourd’hui tous en pos­tes. Il n’y a donc qu’elle pour être éton­née de se voir gra­ti­fiée d’une médaille de Cris­tal qui lui sera remi­se le 8 novem­bre 2017 au siè­ge de la délé­ga­tion de Lil­le pour l’ensemble de ses tra­vaux de recher­che.

A.P.

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