Chaussés comme jamais

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Nos pieds aus­si peu­vent pren­dre l’air. S’enfoncer dans le sable chaud, sen­tir la cares­se d’une her­be frai­che, s’écorcher les pieds sur des gra­viers ou glis­ser sur une lima­ce. Arnaud Prou­vost, entraî­neur spor­tif à Lou­vroil (Nord), emmène cha­que semai­ne les pieds de ses adhérents s’exercer à la cour­se mini­ma­lis­te, bare­foot en anglais. Ce sport pra­ti­qué pieds nus – ou en chaus­su­res mini­ma­lis­tes, sor­te de gants pour pieds – s’inscrit dans une mou­van­ce «paléo», bien connue pour ses régimes ali­men­tai­res. Le but? Vivre (pres­que) com­me nos ancêtres du paléolithique. Ain­si, «com­me le nouveau-né qui agrip­pe le doigt de sa mère, la cour­se à pied est un réflexe natu­rel chez l’Homme», expli­que Arnaud Prou­vost. Or, les tech­no­lo­gies d’amortis arti­fi­ciels sous le talon (com­me les bul­les d’air et les gels) qui ont per­mis d’allonger la foulée, ne rem­pla­ce­raient pas par­fai­te­ment notre amor­tis­seur natu­rel: le pied.

Mode ou réalité scien­ti­fi­que?

De nom­breu­ses études ont mon­tré que la différence de hau­teur entre le talon et l’avant du pied, dans nos chaus­su­res, le «drop», nuit au mou­ve­ment natu­rel du corps. Pierre-Franck Varen­ne, podo­lo­gue à Dun­ker­que l’observe cha­que jour sur son lieu de tra­vail. «Pieds nus, on se réceptionne sur la poin­te des pieds. Mais chaussés, nous atter­ris­sons sur le talon: l’onde de choc qui en résulte se pro­pa­ge du bas vers le haut du corps et abîme petit à petit nos arti­cu­la­tions.» Le doc­teur Varen­ne soi­gne les maux de dos et de ten­dons des cou­reurs. «Pieds nus sur le tapis rou­lant, les cou­reurs se repla­cent natu­rel­le­ment sur l’avant du pied.» Le bare­foot prévient donc les trau­ma­tis­mes liés à la cour­se de fond.

Aux plus motivés, le podo­lo­gue pro­po­se d’aller pro­gres­si­ve­ment vers la cour­se mini­ma­lis­te. «Le bare­foot, c’est génial pour un public aver­ti et ren­sei­gné, sinon, c’est dan­ge­reux.» Arnaud Prou­vost par­ta­ge cet­te précaution. «Il faut com­men­cer par de peti­tes dis­tan­ces, alter­ner chaus­su­res mini­ma­lis­tes et pieds nus et lais­ser le temps au corps de se réadapter.» Adep­te du bare­foot depuis deux ans, il recon­nait ses pro­pres limi­tes. «Pour l’instant, je dois m’arrêter au bout de 11 kilomètres, car ma peau est à vif!»

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A propos de l'auteur

Étudiante de la filière journaliste scientifique commune à l'ESJ et l'Université de Lille – sciences et Technologies @JS23_ESJ

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