For­ces vives des labo­ra­toi­res de recher­che, les doc­to­rants ont envi­ron trois ans pour se fai­re un « nom » dans leur domai­ne de recher­che. Par leurs publi­ca­tions en pre­mier lieu mais aus­si via les ren­con­tres avec les pon­tes lors des confé­ren­ces pha­res. Pour Ami­ra Chal­bi, cet­te der­niè­re éta­pe a bien failli tour­ner au fias­co…

Amira Chalbi, doctorante le domaine des Interfaces Homme-Machine (IHM) au sein de l’équipe MJOLNIR de l’Inria de Lille © NordÊka

Ami­ra Chal­bi, doc­to­ran­te le domai­ne des Inter­fa­ces Homme-Machine (IHM) au sein de l’équipe MJOLNIR de l’Inria de Lil­le © Nor­dÊ­ka

Une peti­te blou­se bleue d’écolière, un voi­le sur la tête qui ne lais­se appa­raî­tre qu’un pai­si­ble visa­ge et der­riè­re ses lunet­tes, des yeux pétillants qui tra­dui­sent une déter­mi­na­tion sans faille. « C’est un ensei­gne­ment rela­tif aux Inter­ac­tions Homme-Machine au cours de ma deuxiè­me année de licen­ce en Tuni­sie qui m’a ins­pi­rée. Dès lors, j’ai eu com­me objec­tif de tra­vailler dans ce domai­ne », se sou­vient Ami­ra Chal­bi.

Depuis, l’objectif s’est concré­ti­sé. Ami­ra Chal­bi est en fin de thè­se au sein de l’équipe MJOLNIR, spé­cia­li­sée dans les inter­ac­tions Homme-Machine, de l’Inria à Lil­le. Son sujet ? Les ani­ma­tions employées dans les inter­fa­ces gra­phi­ques pour en faci­li­ter leur com­pré­hen­sion. « Bar­res d’attente, ani­ma­tion de chan­ge­ment de fenê­tre, déver­rouilla­ge du smart­pho­ne, char­ge­ment des élé­ments éta­pe par éta­pe pour ne pas sur­char­ger le sys­tè­me cog­ni­tif… Il s’agissait dans un pre­mier temps de fai­re l’état de l’art des dif­fé­rents types d’animations uti­li­sées dans les inter­fa­ces gra­phi­ques et inter­ac­ti­ves et d’en éta­blir une taxo­no­mie », expli­que Ami­ra Chal­bi. Ce pre­mier tra­vail, publié en 2016, a don­né nais­san­ce à un gui­de com­plet de lec­tu­re des ani­ma­tions exis­tan­tes et de concep­tion des futu­res. Depuis, son tra­vail se foca­li­se plus par­ti­cu­liè­re­ment sur les ani­ma­tions séquen­tiel­les, c’est-à-dire décom­po­sées en éta­pes de visua­li­sa­tion, dans le domai­ne du data jour­na­lis­me.

Pour clô­tu­rer sa thè­se avec brio, Ami­ra Chal­bi s’était lan­cée un nou­veau chal­len­ge. Celui de par­ti­ci­per à la plus impor­tan­te confé­ren­ce inter­na­tio­na­le du domai­ne des inter­ac­tions homme-machine, la CHI (Human Fac­tors in Com­pu­ting Sys­tems), orga­ni­sée à Den­ver aux Etats-Unis en mai 2017 et accueillant 2800 par­ti­ci­pants. « Pour moi, cet­te confé­ren­ce était un but en soi. Dans le pro­ces­sus d’un doc­to­rant en IHM, c’est un pas­sa­ge très impor­tant car c’est l’occasion de ren­con­trer les cher­cheurs pion­niers du mon­de entier, de construi­re un réseau de connais­san­ces. Or j’ai eu la chan­ce inédi­te d’être accep­tée com­me étu­dian­te béné­vo­le, un sta­tut qui per­met d’accéder à la confé­ren­ce sans payer les frais d’inscription. Seuls cent étu­diants béné­vo­les sont accep­tés cha­que année au niveau inter­na­tio­nal. Un de mes col­lè­gue a déjà pos­tu­lé cinq fois sans suc­cès… », détaille la doc­to­ran­te.

Mais c’était sans comp­ter la nou­vel­le poli­ti­que migra­toi­re des Etats-Unis… Et Ami­ra Chal­bi, tuni­sien­ne, s’est vue refu­ser son visa : « Je m’attendais à ce que la pro­cé­du­re soit dif­fi­ci­le mais pas au refus. J’avais tout un dos­sier bien mon­té. Je conser­ve beau­coup d’amertume vis-à-vis de cet­te épi­so­de : il y a eu beau­coup d’irrespect envers moi et envers l’Inria de la part des per­son­nes du consu­lat. »

Le robot compagnon d’Amira Chalbi à la conférence CHI de Denver (2017).

Le robot com­pa­gnon d’Amira Chal­bi à la confé­ren­ce CHI de Den­ver (2017).

La pha­se d’abattement pas­sée, l’idée de la télé pré­sen­ce a émer­gé, encou­ra­gée par ses deux enca­drants à l’Inria. Car pour la deuxiè­me année, la CHI met­tait à dis­po­si­tion 14 robots de télé pré­sen­ce –pour un cout esti­mé à envi­ron 15 000 euros par robot– afin de per­met­tre l’accès à la confé­ren­ce aux cher­cheurs à mobi­li­té rédui­te. « J’ai fait valoir mon accep­ta­tion en tant qu’étudiante volon­tai­re et négo­cié avec les res­pon­sa­bles le fait d’obtenir un robot gra­tui­te­ment », racon­te Ami­ra Chal­bi. Et sa deman­de fut accep­tée… sous réser­ve d’annoncer les ses­sions à venir sur l’écran de son robot pen­dant les pau­ses café ! « Pour la pre­miè­re fois dans l’histoire de la confé­ren­ce, j’étais étu­dian­te béné­vo­le à dis­tan­ce ! Et j’ai même pu uti­li­ser mon ins­tinct de cher­cheu­se. Car la pre­miè­re jour­née, j’affichais les infor­ma­tions digi­ta­les à l’écran sous mon visa­ge mais les gens ne fai­saient atten­tion qu’à ma tête et ne voyaient pas l’information impor­tan­te. J’ai alors chan­gé de stra­té­gie. Je cachais mon visa­ge avec un papier sur lequel l’information était notée et ça mar­chait ! Cet­te pha­se d’expérimentation fut très riche. »

Et si le bilan fut moins posi­tif concer­nant l’accès aux conte­nus et pré­sen­ta­tions de la confé­ren­ce, fau­te d’une qua­li­té audio suf­fi­san­te, la doc­to­ran­te a atteint son but : ren­con­trer les cher­cheurs inter­na­tio­naux de son domai­ne.  « Dans la vraie vie, c’est rare que les per­son­nes incon­nues vien­nent vous ren­con­trer… mais le robot atti­re l’attention. Cela faci­li­te les ren­con­tres ! »

Coup du sort, l’ambassade des Etats-Unis lui a octroyé un visa de 10 ans en juin der­nier, à pei­ne un mois après la confé­ren­ce…

Alexan­dra Pihen

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