Dans les épreu­ves d’endurance clas­si­ques, une dif­fé­ren­ce de 10 à 15 % sub­sis­te entre les per­for­man­ces des hom­mes et cel­les des fem­mes. Mais si on pous­se un peu les kilo­mè­tres, et qu’on chan­ge de ter­rain, les fem­mes sem­blent de plus en plus par­ve­nir à com­bler cet écart.

« Les fem­mes sont mus­cu­lai­re­ment han­di­ca­pées, elles ont une vites­se moin­dre et elles dis­po­sent d’une capa­ci­té res­pi­ra­toi­re net­te­ment infé­rieu­re à cel­le de l’homme. » Au début du XXe siè­cle, à en croi­re le Dr Mau­ri­ce Boi­gey, méde­cin fran­çais spé­cia­lis­te du domai­ne spor­tif, les fem­mes sont jus­te bon­nes à encou­ra­ger et remet­tre les médailles. Sans ces­se rame­nées à leur fra­gi­li­té, les fem­mes sont écar­tées du sport. L’activité phy­si­que, c’est le déve­lop­pe­ment des mus­cles, c’est viri­li­sant, c’est l’apanage des hom­mes.

Pour­tant, l’essor du sport fémi­nin va se fai­re pro­gres­si­ve­ment. Les fem­mes trou­vent peu à peu leur pla­ce sur les sta­des et les ter­rains, en même temps que dans les autres domai­nes de la socié­té dont elles étaient jusque-là exclues. En 1966, Bob­bi Gibb est la pre­miè­re fem­me à cou­rir clan­des­ti­ne­ment le mara­thon de Bos­ton et dans les années 1980, le corps médi­cal recon­naît enfin les bien­faits de l’activité phy­si­que chez les fem­mes.

 De très bon­nes per­for­man­ces

Aujourd’hui, elles sont nom­breu­ses à pra­ti­quer des sports d’endurance. Des mil­liers de fem­mes pren­nent le départ de mara­thons, et elles font même mieux, ou pire selon les points de vue. Elles cou­rent trois à huit fois cet­te dis­tan­ce, en plei­ne natu­re, avec en pri­me, plu­sieurs kilo­mè­tres de déni­ve­lé posi­tif. Vous avez dit fra­gi­les ? Les fem­mes pra­ti­quent l’ultra-trail, et ça leur réus­sit plu­tôt bien. Leurs per­for­man­ces s’améliorent, elles vont jusqu’à sur­pren­dre. Il n’est plus rare de retrou­ver les fem­mes dans le top 10 des cour­ses les plus pres­ti­gieu­ses, où la concur­ren­ce est très rude.

« L’écart se réduit de plus en plus, c’est cer­tain », consta­te Marion Deles­pier­re, méde­cin du sport ori­gi­nai­re de Lil­le et elle-même cou­reu­se d’ultra-trail. En 2015, la Cana­dien­ne Alis­sa St Lau­rent réa­li­se l’exploit de rem­por­ter la Cana­dian Dea­th Race, devant tous les concur­rents mas­cu­lins. Si l’immense majo­ri­té des cour­ses d’ultra-trail sont rem­por­tées par des hom­mes, il n’est pas faux d’affirmer que dans ce sport, les fem­mes com­men­cent à venir les cha­touiller un peu. Cela n’est pas le cas dans des épreu­ves d’endurance plus clas­si­ques com­me le mara­thon. Les méde­cins s’intéressent de plus en plus aux spé­ci­fi­ci­tés phy­sio­lo­gi­ques, phy­si­ques et psy­chi­ques des spor­ti­ves dans le cadre de cour­ses d’ultra-endurance. Leurs répon­ses sont dif­fé­ren­tes de cel­les des hom­mes, ce qui en fait des ath­lè­tes à part entiè­re.

Des spé­ci­fi­ci­tés phy­si­ques, phy­sio­lo­gi­ques et psy­chi­ques

« Au niveau mus­cu­lai­re les fem­mes sont défi­ci­tai­res. Nous som­mes moins explo­si­ves mais nous pos­sé­dons plus de fibres mus­cu­lai­res de type 1, les fibres d’endurance qui por­tent des réser­ves de tri­gly­cé­ri­des », détaille Marion Deles­pier­re. Tou­jours au niveau des mus­cles, il a été consta­té que les fem­mes subis­sent moins de dom­ma­ges. « Je pen­se qu’il y a moins de cas­se, notam­ment en des­cen­te où les fibres mus­cu­lai­res se bri­sent. » Le méca­nis­me n’est pas enco­re bien com­pris, mais cela pour­rait venir d’un pos­si­ble rôle des œstro­gè­nes. La résis­tan­ce gas­tri­que des fem­mes sem­ble aus­si être meilleu­re mais aucu­ne étu­de n’a enco­re été réa­li­sée sur ce sujet. En tout cas, dans le cas des sports d’ultra-endurance, il sem­ble­rait que cer­tai­nes dif­fé­ren­ces phy­si­ques et phy­sio­lo­gi­ques entre hom­mes et fem­mes pré­sen­tent des avan­ta­ges pour ces der­niè­res. Dans des épreu­ves de moins lon­gue durée, la puis­san­ce mus­cu­lai­re des hom­mes et leur taux d’hémoglobine plus éle­vé leur don­nent tou­jours l’avantage. Enfin, quel­que cho­se de dif­fi­ci­le à éva­luer mais que Marion Deles­pier­re a consta­té aus­si bien pen­dant sa thè­se menée auprès d’ultra-sportives que sur les par­cours de cour­ses : « au niveau men­tal, les fem­mes sont incroya­bles. » Et au bout d’un cer­tain nom­bre de kilo­mè­tres, c’est la tête plus que les jam­bes qui por­te le spor­tif.

Les fem­mes ne repré­sen­tent enco­re que 10 à 15 % des par­ti­ci­pants de ces cour­ses et elles ont géné­ra­le­ment un entrai­ne­ment mois per­fec­tion­né que celui des hom­mes. « Quoi qu’on en dise, elles sont moins libres, ce sont elles qui conti­nuent à s’occuper plus des enfants, les hom­mes sont plus libres de s’entraîner », confie Marion Deles­pier­re. Mais à l’avenir, cela pour­rait pro­gres­si­ve­ment chan­ger, et cer­tains méde­cins pen­sent que la résis­tan­ce mus­cu­lai­re des fem­mes pour­rait com­pen­ser leurs autres « défauts », leur per­met­tant ain­si d’égaler peut-être un jour les per­for­man­ces mas­cu­li­nes. Le Dr Boi­gey doit se retour­ner dans sa tom­be.

Les fem­mes dans le Top 10 des ultra-trails

2013 – Rory Bosio, Amé­ri­cai­ne, 7e de l’Ultra-trail du Mont Blanc (168 km / 9600 m D+)

2014 – Emi­lie Lecom­te, Fran­çai­se, 9e du Tor des géants (330 km / 24 000 m D+)

2015 – Alis­sa St Lau­rent, Cana­dien­ne, 1ère de la Cana­dian dea­th race (125 km / 5000 m D+)

2016 – Fran­ces­ca Cape­na, Ita­lien­ne, 8e de la 4K Alpi­ne endu­ran­ce trail (350 km / 25 000 m D+)

2016 – Liza Bor­za­ni, Ita­lien­ne, 7e du Tor des géants

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