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Peu de modèles, des carrières qui évoluent moins, mais une situation qui s’améliore : quatre chercheuses de l’Université Lille 1 se livrent sur leur quotidien de femmes scientifiques.

À quoi rêvent les jeunes femmes qui veulent faire des sciences ? Probablement pas à la cérémonie des Nobel, où les femmes sont sous-représentées. Anne-Sophie Blervacq, Isabelle Chiapello, Céline Cornet et Laurence Marsalle, chercheuses à l’Université Lille 1, sont unanimes : les jeunes femmes qui aiment la science manquent de modèles. « Dans les collèges et lycées, on invite des enseignantes, des infirmières, mais pas des ingénieures en aéronautique », déplore Anne-Sophie Blervacq, maître de conférences en biologie végétale. Non seulement les scientifiques mis en avant sont souvent des hommes mais en plus, ces derniers sont la plupart du temps présentés comme étant des personnages excentriques. Il est donc doublement difficile pour beaucoup de jeunes filles de s’identifier à ces chercheurs « stars », comme Cédric Villani. Laurence Marsalle, maître de conférences en mathématiques au laboratoire Paul Painlevé, a longtemps pensé qu’elle n’était pas représentative de son domaine : « Maintenant, j’ai envie de montrer qu’on peut faire des maths et être normale. »

Des carrières qui évoluent moins

Pour Isabelle Chiapello, chercheuse en chimie spécialisée dans les particules atmosphériques au Laboratoire d’Optique Atmosphérique de Villeneuve d’Ascq, ce manque de modèles conduit à une autocensure des femmes scientifiques. Sa collègue Céline Cornet, qui travaille sur l’interaction du rayonnement avec les composants atmosphériques, constate que « les hommes ont plus confiance en eux, donc ils tentent plus de choses ». Ainsi, dans le domaine majoritairement féminin qu’est la biologie, les chefs sont à 80 % des hommes. C’est le fameux « plafond de verre » : les femmes sont de plus en plus présentes dans les sciences, mais leurs carrières évoluent moins que celles des hommes. « C’est prouvé », affirme Laurence Marsalle, qui était chargée de mission égalité femmes-hommes. Par exemple, les femmes se mettent plus souvent à 80 % que les hommes. Pour Anne-Sophie Blervacq, c’est lié au fait de revendiquer une vie professionnelle, une vie privée, une vie d’épouse et une vie de mère : « C’est un jeu d’équilibriste. On veut tout, et c’est là que ça commence à coincer. Les hommes ne raisonnent pas comme ça, ils privilégient leur carrière. »

« Ça évolue dans le bon sens »

Mais ce qui était la norme à une époque ne l’est plus forcément aujourd’hui. Dans l’équipe d’Anne-Sophie Blervacq, les réunions sont par exemple désormais proscrites après 18 heures : les hommes aussi veulent finir à temps pour pouvoir aller chercher leurs enfants. « Ça évolue dans le bon sens », souligne Isabelle Chiapello. La question du genre et de la parité est de plus en plus présente dans le milieu scientifique. « Je n’ai jamais eu de réflexions déplacées », constate Céline Cornet, pour qui le fait d’être dans un environnement essentiellement masculin n’est pas un problème. Le message des quatre chercheuses est clair : des modèles et de la confiance en soi, voilà les ingrédients qui permettront aux futures chercheuses de briser le plafond de verre. « Allez-y ! », conseille Anne-Sophie Blervacq aux jeunes filles qui aiment les sciences. Isabelle Chiapello est du même avis : « Il ne faut pas hésiter, ne pas se mettre de frein. Il y a de plus en plus de femmes qui y arrivent. »

Laura Hendrikx

 

Céline Cornet

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Céline Cornet a toujours préféré les sciences. En terminale S, c’était la physique qui lui plaisait le plus. C’est donc cette matière qu’elle a étudiée à l’Université de Clermont-Ferrand, avec l’option météorologie en deuxième année. Après une thèse en physique de l’atmosphère et un an de post-doctorat aux Etats-Unis, elle a rejoint le Laboratoire d’Optique Atmosphérique de Villeneuve d’Ascq, dans lequel elle travaille aujourd’hui en tant qu’enseignante chercheuse. Elle y modélise le transfert radiatif dans les nuages pour simuler ce qu’observent les satellites de recherche envoyé dans l’espace.

 

Isabelle Chiapello

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Elève très polyvalente au lycée, Isabelle Chiapello s’est ensuite orientée vers la chimie. Après une spécialisation sur l’atmosphère en quatrième et cinquième année d’université, elle a fait une thèse à l’Université Paris 7 sur les particules de l’atmosphère. Elle a ensuite rejoint les Etats-Unis pour post-doctorat à l’Université de Miami sur les particules naturelles produites par les déserts. Après un deuxième post-doctorat à Lille et sa réussite au concours du CNRS, elle travaille aujourd’hui au Laboratoire d’Optique Atmosphérique de Villeneuve d’Ascq.

 

Laurence Marsalle

Laurence Marsalle

Après une classe préparatoire scientifique, Laurence Marsalle a intégré l’Ecole Normale Supérieure de Cachan. Elle a ensuite fait une thèse en probabilités avant de devenir maître de conférences. Elle travaille aujourd’hui au laboratoire Paul Painlevé de Villeneuve d’Ascq sur les probabilités appliquées à la biologie. Elle modélise des phénomènes biologiques dans lesquels intervient le hasard, comme la météo, par des équations mathématiques.

 

Anne-Sophie Blervacq

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Anne-Sophie Blervacq a su très tôt qu’elle ferait des sciences. Après la terminale, elle a choisi d’aller à l’Université Lille 1 pour étudier la biologie, dans l’objectif de faire de la recherche. Elle y a ensuite fait une thèse sur les divisions cellulaires embryogènes chez les végétaux, avant de rejoindre l’Allemagne pour un post-doctorat en biologie végétale à l’Institut Max Planck de Cologne. De retour en France, elle est aujourd’hui maître de conférences en biologie à l’Université Lille 1.

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