La médecine légale : de la science… sociale ?

Nathalie Noulé est médecin-légiste depuis 21 ans. Elle raconte avec passion un métier méconnu.

« Com­ment pouvez-vous exer­cer ce métier ? » Natha­lie Nou­lé, médecin-légiste à l’hôpital de Rou­baix, est habi­tuée à ce gen­re de ques­tion. Cela fait 21 ans qu’elle pra­ti­que ce métier. Spé­cia­li­sée en méde­ci­ne léga­le du vivant, elle accueille les vic­ti­mes de vio­len­ces de tout âge afin de véri­fier que les coups et bles­su­res soient com­pa­ti­bles avec les décla­ra­tions dans le cadre d’une affai­re poli­ciè­re. Mais atten­tion, elle ne soi­gne pas, à ne pas confon­dre donc avec un méde­cin géné­ra­lis­te. Elle rend ensui­te un avis médi­cal et peut déli­vrer une inca­pa­ci­té de tra­vail à la vic­ti­me en fonc­tion des bles­su­res phy­si­ques et psy­cho­lo­gi­ques. C’est éga­le­ment la médecin-légiste qui assis­te au pro­cès, en fonc­tion de la vio­len­ce des faits, pour fai­re un compte-rendu de la consul­ta­tion au juge et expli­quer l’importance de l’agression. « Ma vie, c’est un peu une chro­ni­que de la vio­len­ce ordi­nai­re », décrit-elle, dans un sou­ri­re.

Res­ter objec­ti­ve… avec de l’empathie

Une vie par­ti­cu­liè­re mais qui l’attirait depuis long­temps. « J’ai tou­jours vou­lu être méde­cin, je ne sau­rais pas dire pour­quoi », raconte-t-elle. Après six ans d’internat de méde­ci­ne, elle a choi­si de se spé­cia­li­ser en médecine-légale, pen­dant qua­tre ans. Plus exac­te­ment, en pédia­trie médico-légale, même si ces patients ne se limi­tent pas aux enfants. « Mon rôle est d’être le mes­sa­ger de ces enfants qui peu­vent dif­fi­ci­le­ment par­ler de ce qu’ils ont vécu. »

« Lors d’un exa­men, je m’adapte à la vic­ti­me et j’évite de deman­der ce qu’il s’est pas­sé, explique-t-elle, je pré­fè­re ne pas savoir et confron­ter ensui­te mes obser­va­tions avec le dos­sier pour res­ter objec­ti­ve. » Elle est en contact au quo­ti­dien avec les poli­ciers et tous les spé­cia­lis­tes de l’hôpital afin de ren­dre son avis. Par ailleurs, en méde­ci­ne léga­le du vivant, être une fem­me serait un plus. « Je reçois sur­tout des fem­mes vic­ti­mes de vio­len­ces, des ado­les­cen­tes et des enfants. Cer­tai­nes refu­sent l’examen quand c’est un hom­me et vien­nent me voir. »

Loin des séries amé­ri­cai­nes

Mais elle n’a pas tou­jours tra­vaillé auprès des vivants. Elle a débu­té en méde­ci­ne léga­le tha­na­to­lo­gi­que. « C’est étran­ge, un bébé, on a plu­tôt l’impression qu’il dort », se souvient-elle. Une autop­sie dure sou­vent deux ou trois heu­res. Le pro­to­co­le à sui­vre est très métho­di­que et ne chan­ge pas. « C’est de la scien­ce, on cher­che. Je n’ai pas res­sen­ti la dou­leur dans ma chair, moi », justifie-t-elle avec séré­ni­té. On est loin éga­le­ment de l’idée de la fem­me iso­lée dans un labo : deux poli­ciers assis­tent à l’autopsie pour le sui­vi de la pro­cé­du­re. Selon elle, étant acteur de la situa­tion, il est plus faci­le de ne pas se lais­ser désta­bi­li­ser à la dif­fé­ren­ce des deux col­lè­gues, qui atten­dent la fin de l’autopsie. Que ce soit en méde­ci­ne léga­le du vivant ou tha­na­to­lo­gi­que, elle ne pen­se pas avoir la par­tie la plus dure : « Ce n’est pas moi qui doit annon­cer le décès à la famil­le ou inter­ro­ger les per­son­nes mis en exa­men, ce sont les poli­ciers. »

Cet­te spé­cia­li­té médi­ca­le atti­re de plus en plus de jeu­nes méde­cins, notam­ment grâ­ce aux séries amé­ri­cai­nes. « Ça n’a rien à voir ! Dans les séries amé­ri­cai­nes, les méde­cins sont en lien avec la poli­ce judi­ciai­re alors que nous dépen­dons d’un hôpi­tal. On les voit tou­jours aller sur le ter­rain alors qu’en Fran­ce c’est de plus en plus rare. » Cet engoue­ment pour la pro­fes­sion l’inquiète un peu. « Cer­tains me deman­dent des sta­ges en secon­de mais je refu­se. Même lorsqu’on croit avoir tou­ché le fond, l’homme a tou­jours plus d’imagination pour fai­re le mal. C’est donc bien de ne pas com­men­cer trop jeu­ne », esti­me la spé­cia­lis­te. Car même si 21 ans de métier lui ont per­mis de pren­dre de la dis­tan­ce, tout le mon­de n’aura pas les épau­les aus­si lar­ges que Natha­lie Nou­lé.

Vir­gi­nie Mont­mar­tin

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