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Interview de Ludovic Lesven, chimiste, spécialiste des pollutions d’origine métallique dans l’eau et les sédiments.

Nord Êka ! : Quelles sont les prévisions liées au changement climatique pour la région Nord-Pas-de-Calais ?
Ludovic Lesven : D’après les modèles du GIEC, on peut s’attendre à une augmentation de la température de l’atmosphère de 1,3 °C en 2100. Elle s’accompagnera d’une plus grande fréquence
d’événements extrêmes : la région connaîtra plus souvent des sécheresses, de très fortes pluies et des tempêtes de vent.

Vous travaillez sur les eaux du bassin Artois-Picardie, quelles pourraient être les conséquences de ces modifications du climat ?
Notre bassin est l’un des plus pollués d’Europe, en raison d’une très forte densité de population et des nombreuses industries métallurgiques et sidérurgiques qui se sont installées le long des rivières. La situation risque d’empirer. Par exemple, les fortes pluies, au lieu de s’infiltrer progressivement dans la terre et d’aller recharger les nappes phréatiques, vont déplacer les polluants en surface (engrais, pesticides, métaux, etc) vers les rivières. Avec des sécheresses plus fréquentes, le sol sera moins couvert de végétation, ce qui va amplifier ce phénomène de lessivage.
De plus, nos rivières sont peu profondes, de 3 à 4 mètres. Les vents forts vont agiter l’eau, remuer les sédiments au fond. Les polluants d’origine industrielle piégés dedans vont être remis en circulation, avec les effets que cela peut avoir sur la vie aquatique.

Et l’augmentation de température de l’air ?
Elle va entraîner le réchauffement de l’eau. Avec l’apport de nutriments comme l’azote et le phosphore par le lessivage des sols, les algues vont se développer. Dans un premier temps, elles produiront de l’oxygène et piégeront le dioxyde de carbone (CO2). C’est plutôt une bonne nouvelle mais si leur croissance s’emballe, l’équilibre risque d’être rompu : la dégradation des algues mortes va consommer tout l’oxygène de l’eau, entraînant la mort des poissons et autres espèces aquatiques. On rencontre de plus en plus ce phénomène d’eutrophisation sur les côtes et dans les rivières françaises.

Pouvons-nous anticiper ces conséquences et nous y préparer ?
Oui, et nous avons intérêt à nous y prendre le plus tôt possible. En agriculture par exemple, au lieu des engrais classiques, rapidement lessivés par les arrosages et les pluies, il faut privilégier les engrais dits à diffusion lente. Sous forme de billes ou de granules. Ils se décomposent progressivement pour libérer les nutriments.
Parce qu’il y aura plus d’ensoleillement, de nouvelles réactions chimiques vont se produire et de nouveaux polluants apparaître : il faudra développer de nouvelles techniques de traitement de l’eau et adapter les stations d’épuration dès que possible.
Il reste encore beaucoup d’inconnues, mais nous connaissons déjà des épisodes exceptionnels de sécheresse ou de pluie pour nous renseigner. Nous allons mettre en place un suivi sur quatre ans
des rivières du bassin Artois-Picardie, avec l’aide de l’Agence régionale de l’eau. Des stations autonomes mesureront les variations du pH, du taux d’oxygène, des nitrates, des concentrations des polluants au fil de la journée, en fonction des conditions météo et du type de rivière. Cela nous aidera à mieux comprendre les phénomènes en jeu, afin de proposer plus de solutions d’adaptation aux politiques et aux décideurs.

Bouée instrumentée © DR
Rivières sous surveillance. C’est une bouée comme celle-ci qui va servir de station de mesures autonome. Elle enregistrera les concentrations des polluants en continu, en fonction des conditions météo.

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Tout savoir sur les effets du changement climatique dans notre région, les démarches pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et comment adapter nos territoires aux changements futurs.

Le phénomène d’eutrophisation.

 

Ludovic Lesven
Ludovic Lesven
“Né en bord de mer, ce Breton a été sensibilisé très tôt aux problèmes de pollutions. Enseignant-chercheur à  l’université de Lille depuis 2011, Ludovic travaille aujourd’hui sur les pollutions métalliques dans l’eau et les sédiments, au sein du labo de spectrochimie infrarouge et Raman (CNRS/université de Lille). En parallèle, il développe des capteurs capables de faire des mesures en continu sur le terrain.”
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