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Il faut bien l’admettre, depuis son arrivée il y a maintenant plus de dix ans, la cigarette électronique fait un tabac. Mais si elle s’impose comme un réel outil de sevrage chez les fumeurs invétérés, elle semble provoquer l’effet inverse sur les non-fumeurs attirés par la mode du vapotage. Décryptage.

Nombreux sont les anciens fumeurs qui, plutôt que de noircir leurs poumons de goudrons et d’inonder leur sang d’agents de texture et de saveurs douteux, se sont convertis au vapotage. Et nous sommes bien obligés de constater que la e-cigarette a, pour cette cible, rempli son rôle : remplacer l’inhalation d’une substance notoirement cancérigène par une autre largement moins nocive (voir encadré) et dont les taux de nicotine peuvent être diminués au fur et à mesure du sevrage.Mais voilà, cette cigarette électronique aurait tendance à attirer une deuxième cible non souhaitée : les adolescents s’adonnent de plus en plus à ce plaisir pour ensuite se tourner vers… la « bonne vieille » cigarette classique.

Un constat qui n’étonne pas Pierre-François Dancoine, tabacologue à l’hôpital privé de la Louvière et sa femme Elodie Gentina, professeur de marketing à l’Iéseg School of Management de Lille. Car c’est dès 2017, qu’ils publiaient dans la revue Public Health les résultats d’une étude sur le sujet menée auprès de 600 adolescents lillois de 14 à 18 ans. Or les trois quarts d’entre eux ne font pas la distinction entre vapoter et fumer ! Car à la base de ces comportements, c’est toujours la transgression des règles, la prise de risques par un(e) adolescent(e) en pleine construction personnelle et sociale qui domine. « Pour moi, la cigarette électronique remplit exactement le même rôle que la cigarette classique. Notre étude démontre qu’elle est utilisée pour acquérir une position au sein de leur groupe de pairs. Si les garçons vapotent pour démontrer leur statut de leaders et gagner en pouvoir d’influence, les filles ont plus tendance à se lancer pour s’intégrer dans des groupes », explique Elodie Gentina. La cigarette électronique semble donc être le bon compromis pour une prise de risque « contrôlée » : discrète, ses vapeurs étant bien moins repérables que la fumée du tabac, tendance et « inoffensive »…

Et c’est ici que le bât blesse. Car cette e-cigarette s’avère en définitive une passerelle vers la cigarette classique chez les adolescents… Publiée dans la revue américaine JAMA Pediatrics début janvier 2018, une étude réalisée sur 10 400 non-fumeurs de 12 à 17 ans démontre en effet que sur les 851 jeunes ayant déjà essayé la cigarette électronique –et/ou à moindre taux le narguilé ou le tabac à priser– 690 d’entre eux admettent avoir fumé après un an. Tant et si bien que pour Elodie Gentina, « les campagnes de prévention contre le tabagisme devraient prendre en compte ces données. Et loin de reposer sur des messages de peur, elles devraient tenter d’exploiter le sens critique des adolescents autant sur les différences de genres soulevées dans notre étude que sur ces risques de passage du vapotage à la cigarette. » Vous l’aurez compris, la cigarette électronique, pas si inoffensive qu’elle en a l’air, joue sur plusieurs tableaux.

Alexandra Pihen

 

La cigarette électronique plus dangereuse que le tabac ?

La cigarette électronique a fait le buzz fin janvier à la suite d’une publication américaine. Nombreux sont les médias qui se sont emparés des résultats sans discernement aucun, déclarant que « vapoter pourrait être plus dangereux que fumer ». Pourtant, la lecture attentive de l’étude ne permet en aucun cas de tirer de telles conclusions. Les dix souris exposées trois heures par jour, cinq jours par semaine pendant 3 mois à de la vapeur –soit l’équivalent d’une dizaine d’années de vapotage– contenant 10 mg/ml de nicotine –une dose largement supérieure à celle des vapoteurs– ne sont certes pas ressorties indemnes –ADN altéré– mais loin d’être à l’article de la mort ! D’autres études tendent à démontrer les risques cardiaques ou potentiellement cancérogènes de l’e-cigarette. D’autres encore relatent les effets néfastes des saveurs inhalées, comme la vanille, sur certaines cellules pulmonaires… Bref, il faudra encore du temps pour comprendre l’ensemble des effets du vapotage sur la santé. Mais que les fumeurs n’hésitent pas à changer leurs habitudes car les risques pour la santé sont sans commune mesure avec ceux de la cigarette. Pour les autres, la prudence est de mise.

A.P.

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