Oubliez le romantisme. La raison pour laquelle nous tombons amoureux est très terre à terre, ainsi en a décidé l'évolution. « Il s'agit de rapprocher nos gamètes, de faciliter la reproduction afin de perpétuer l'espèce », résume Bernard Sablonnière, médecin et biochimiste, enseignant-chercheur à la faculté de médecine de Lille. Ce spécialiste des maladies du cerveau est l'auteur du livre La chimie des sentiments, dans lequel, contrairement à ses occupations habituelles, il explique « comment se passent normalement les choses dans le cerveau ».

En matière de sentiments, qu'il s'agisse de la peur, de la tristesse ou de la joie, il faut compter avec les neurotransmetteurs, des substances chimiques que nos neurones fabriquent. Ils fonctionnent comme des clés : chacun déverrouille des zones du cerveau et déclenche certains de nos comportements. Le sentiment amoureux n'y échappe pas. Explication en trois étapes.

Etape 1. La rencontre

Tomber amoureux n'est pas si évident. Parce que l'autre représente une potentielle menace, nous éprouvons une peur naturelle envers lui. Néanmoins, un visage, un regard, une odeur, un rire qui nous plaisent peuvent tout bouleverser. Les critères d'attirance, surtout visuels chez l'Homme, sont très personnels : ils se façonnent dans l'enfance, par l'expérience et l'éducation.

Au moment de la rencontre, tout se joue dans le cerveau pré-frontal, celui qui commande la volonté. En fonction des signaux qu'il reçoit, le cerveau pré-frontal décide de mettre tous les sens en éveil. L'autre devient un être spécial, unique : la simple attirance peut alors se transformer en désir...

Etape 2. Le coup de foudre, puis la passion

Le cerveau pré-frontal a compris que c'est du sérieux. Il libère une grande quantité de dopamine, la clé de l'envie et de la recherche du plaisir, la même qui nous pousse à acheter le T-shirt qui nous plaît dans la boutique.

Au moment du coup de foudre, c'est une explosion de dopamine ! Elle inonde une autre partie du cerveau liée aux sentiments, le système limbique. On réfléchit moins, on fonce !

Mais dans le même temps, le cerveau va secréter de la noradrénaline, la clé du stress. Car oui, tomber amoureux, se rapprocher de l'autre, est une expérience stressante pour l'organisme ! Le rythme cardiaque s'accélère, on ne dort plus, on ne déjeune plus... Le cocktail dopamine + noradrénaline est détonnant : on ne sait plus où on en est, notre corps non plus.

Qui pourrait supporter ça longtemps ? Pour freiner les effets de la dopamine, le cerveau sécrète alors un nouveau neurotransmetteur : la sérotonine, la clé de la sérénité. Il libère aussi de l'ocytocine, la clé de l'empathie : ce puissant anti-stress contrebalance la noradrénaline et atténue la peur de l'autre. Un équilibre s'établit, c'est le stade la passion amoureuse.

Etape 3. L'attachement

La passion ne dure qu'un temps, c'est chimique ! Au fil des mois, la sérotonine affaiblit de plus en plus les effets de la dopamine. La fin d'une belle histoire ? Pas tout à fait. Chez l'Homme, l'ocytocine prend alors un rôle prépondérant : la clé de l'empathie est aussi celle de l'attachement durable. Elle renforce la solidité du couple : un contact, une marque d'affection suffisent pour libérer ce neurotransmetteur, et renforcer la relation. Or l'Homme, par rapport à d'autres espèces, possède un grand nombre de récepteurs sensibles à l’ocytocine. Après la passion des débuts, voici l'heure de l'amour de compagnonnage : on est ensemble, on est bien. Chez l'Homme, l'amour semble fait pour durer.

Et l'acte sexuel ?
La dopamine excite aussi le désir sexuel en activant l'hypothalamus. Cette partie du cerveau grosse comme un morceau de sucre se situe dans le système limbique. Sous l'effet de la dopamine, l'hypothalamus stimule la production de testostérone, une hormone qui commande la mécanique des organes génitaux. Au moment de la jouissance, d'autres hormones sont sécrétées, aux effets euphorisants et relaxants.

 

En savoir +

Le livre La chimie des sentiments de Bernard Sablonnière, aux éditions Odile Jacob, format poche (2015).

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