Une appli pro­po­se de dimi­nuer son niveau de stress en modi­fiant son ryth­me car­dia­que.

D’habitude, devant un jeu vidéo, on s’active et on s’énerve. C’est tout le contrai­re avec l’appli pour smart­pho­ne « Bio­feed­ba­ck de cohé­ren­ce car­dia­que ». À l’écran, une mare dans la step­pe afri­cai­ne. Le but : être le plus cal­me pos­si­ble afin que zèbres, élé­phants et gira­fes vien­nent s’abreuver. Pour aider à la déten­te, dans le coin infé­rieur droit, la jau­ge indi­que le ryth­me sur lequel caler sa res­pi­ra­tion. Elle des­cend, on expi­re ; elle remon­te, on ins­pi­re. La jau­ge est ver­te, tout va bien ; rou­ge, il faut s’efforcer à retrou­ver sa séré­ni­té.
Ça, c’est pour la par­tie visi­ble du jeu. Dans le détail, l’appli repo­se sur la rela­tion inti­me entre la res­pi­ra­tion et l’activité du cœur. « En état de bien-être, le cœur accé­lè­re légè­re­ment pen­dant l’inspiration, ralen­tit lors de l’expiration. Mais en cas de stress, le ryth­me car­dia­que varie de maniè­re chao­ti­que », déco­de Julien De Jonck­hee­re, char­gé de recher­che à l’Inserm. Il tra­vaille au Cen­tre d’investigation cli­ni­que pour les inno­va­tions tech­no­lo­gi­ques de Lil­le, auquel l’éditeur Sym­bio­fi s’est adres­sé pour réa­li­ser l’appli.

Rou­ge sang. Res­pi­rer de maniè­re pro­fon­de et len­te, en sui­vant l’indicateur, per­met de retrou­ver un ryth­me car­dia­que plus régu­lier et de se sen­tir mieux. « C’est prou­vé scien­ti­fi­que­ment : les per­son­nes très stres­sées qui répè­tent ces exer­ci­ces plu­sieurs fois par semai­ne amé­lio­rent leur état. » Avec l’appli, cet­te métho­de anti-stress est à la por­tée de tous : un iPho­ne (en atten­dant la ver­sion Androïd) suf­fit, sans besoin d’accessoire sup­plé­men­tai­re. Un petit exploit tech­ni­que. L’utilisateur pose l’index sur la camé­ra du smart­pho­ne. Le doigt, éclai­ré par la lam­pe tor­che, appa­raît par trans­pa­ren­ce avec une jolie tein­te rou­ge, révé­la­tri­ce de la quan­ti­té de sang qu’il contient. À cha­que bat­te­ment, le coeur pro­pul­se le sang dans les artè­res. Sur les ima­ges pri­ses par la camé­ra au bout du doigt, l’intensité de la tein­te rou­ge varie avec la quan­ti­té de sang qui cir­cu­le. « L’analyse des ima­ges per­met de dédui­re le flux san­guin, et par consé­quent le ryth­me car­dia­que, pré­ci­se Idir Iba­ris­se­ne, déve­lop­peur infor­ma­ti­que de l’équipe. Notre appli livre les infor­ma­tions de cohé­ren­ce car­dia­que de maniè­re pré­ci­se et en direct. »

Anti-douleur. L’origine des recher­ches qui ont conduit à cet­te appli est tout aus­si sur­pre­nan­te, com­me le révè­le Julien : « Il s’agissait, dans le cadre de recher­ches cli­ni­ques, d’évaluer la dou­leur du patient pen­dant l’anesthésie géné­ra­le. Même s’il ne res­sent rien, son corps réagit et sa fré­quen­ce car­dia­que aug­men­te. Être capa­ble de détec­ter la dou­leur et son inten­si­té durant une inter­ven­tion chi­rur­gi­ca­le per­met de mieux doser les anti-douleurs com­me la mor­phi­ne. » Dans le cadre médi­cal, le ryth­me car­dia­que est mesu­ré à l’aide d’un cap­teur pla­cé au doigt. « C’est exac­te­ment le même prin­ci­pe. Le cap­teur contient une cel­lu­le pho­to­dé­tec­tri­ce qui enre­gis­tre les varia­tions de cou­leur du flux san­guin », com­plè­te Idir. Dans les deux cas, pas besoin d’étalonner les mesu­res : « Nous avons mis au point un algo­rith­me qui nor­ma­li­se le signal du ryth­me car­dia­que : il est iden­ti­que au repos pour tou­tes les per­son­nes », pré­ci­se Julien. L’appli est prê­te à l’emploi ! Les bien­faits des exer­ci­ces res­pi­ra­toi­res, recon­nus pour l’anxiété, vont main­te­nant être éva­lués dans le cas des migrai­nes sévè­res. Quand l’aspirine est inef­fi­ca­ce, une peti­te par­tie ?

… décompressez ! Grâce à l’exercice, le coeur retrouve un rythme de battements très régulier, comme le montre cette courbe. Bien-être assuré. © DR

… décom­pres­sez !
Grâ­ce à l’exercice, le cœur retrou­ve un ryth­me de bat­te­ments très régu­lier,
com­me le mon­tre cet­te cour­be. Bien-être assu­ré. © DR

 

 

 

 

En savoir +

Les applis dis­po­ni­bles :
https://itunes.apple.com/fr/app/biofeedback-coherence–cardiaque/id960271044?mt=8
https://itunes.apple.com/fr/app/biofeedback-coherence–cardiaque/id960273136?mt=8
https://itunes.apple.com/fr/app/biofeedback-coherence–cardiaque/id960272778?mt=8
https://itunes.apple.com/fr/app/biofeedback-coherence–cardiaque/id960273322?mt=8

Julien De Jonckheere
Julien De Jonck­hee­re
“Après un DUT mesu­res phy­si­ques à l’IUT de Vil­le­neu­ve d’Ascq, ce Lil­lois est entré com­me tech­ni­cien hos­pi­ta­lier au CHRU de Lil­le. Il a repris ses étu­des en alter­nan­ce, jusqu’à réa­li­ser une thè­se sur le trai­te­ment en temps réel des signaux phy­sio­lo­gi­ques. Aujourd’hui char­gé de recher­che au Cen­tre d’investigation cli­ni­que pour les inno­va­tions tech­no­lo­gi­ques de l’Inserm, il confes­se ne plus avoir le temps de jouer de la bat­te­rie, mais orga­ni­se tou­jours des concerts de rock sur la métro­po­le.”
Idir Ibarissene
Idir Iba­ris­se­ne
“Ori­gi­nai­re de Sedan (Arden­nes), Idir a pas­sé son DUT infor­ma­ti­que à l’IUT de Vil­le­neu­ve d’Ascq. Il a décou­vert le mon­de de la recher­che au cours d’un sta­ge en ima­ge­rie médi­ca­le à l’Inserm, puis a inté­gré com­me déve­lop­peur infor­ma­ti­que la start-up Mdo­lo­ris, issue du cen­tre hos­pi­ta­lier régio­nal. Fan de sports méca­ni­ques et extrê­mes, Idir sou­hai­te sui­vre l’exemple de Julien et repren­dre ses étu­des en alter­nan­ce.”
Partager

A propos de l'auteur

La rédaction de Nord Êka !

Magazine plurimédia de découverte des sciences. Fait pour (et par) les jeunes, Nord Êka ! vous aide à naviguer dans le monde des sciences qui se prépare avec vous dans les lycées, les universités, les labos de recherche mais aussi dans les centres culturels, dans les entreprises.