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Pierre Brasseur prépare une thèse de sociologie au laboratoire Clersé (université de Lille). Son sujet de recherche: la relation entre amour et handicap. Il s’appuie sur une approche historique, du début du XXe siècle à nos jours, pour éclairer les débats actuels.

Nord Êka!: Les personnes handicapées rencontrent-elles des difficultés dans leur vie affective ?
Pierre Brasseur: On dispose de très peu de données pour répondre. Les enquêtes sur le handicap réalisées par l’Insee révèlent néanmoins une particularité. Les personnes en situation de handicap, quand elles vivent à domicile, sont à peu près autant en couple que la population générale. En revanche, les chiffres chutent pour celles qui habitent dans des institutions médico-sociales. Par exemple, il y existe des chambres pour deux personnes, mais pour en bénéficier, il faut que le couple soit déjà formé. Or dans les établissements, il y a peu de place pour l’intimité: difficile de flirter quand le personnel est omniprésent.

Comment cela se passe-t-il sur les sites de rencontres ?
Les personnes que j’ai rencontrées fréquentent les sites généralistes, comme Meetic. Leur handicap crée des difficultés. S’ils le montrent sur la photo du profil ou l’évoquent dans la description, ils ne reçoivent quasiment aucune demande de contact. Parfois, c’est même le site de rencontres qui censure la photo ! Le handicap doit disparaître. Seulement, une fois que le contact est noué avec une personne, que l’on a appris à se connaître, que vient le moment de la rencontre, il faut faire le «coming out» de son handicap…

Mais aujourd’hui, personne ne conteste le droit à l’amour des personnes handicapées ?
On n’a jamais vraiment interdit à ceux que l’on a pendant longtemps appelés les « infirmes » d’accéder à la vie affective. En revanche, au début du XXe siècle, on avait très peur d’une « dégénérescence de la race » et de la transmission du handicap. Pour cette raison, on leur déconseillait très fortement d’être en couple, car à l’époque, il n’y a pas de procréation en dehors du couple établi. Depuis, les personnes handicapées ont acquis des droits, sont devenues des citoyens à part entière. Aujourd’hui, on valorise le droit à l’amour pour elles. Dans les faits, elles restent des partenaires particuliers.

Comment cela ?
La société demeure suspicieuse envers elles. Une personne handicapée qui recherche l’amour sur un site de rencontre passe pour quelqu’un qui n’a pas toutes ses facultés mentales. Une personne valide qui partage la vie d’une personne avec un handicap doit justifier son affection. Qu’est-ce qu’elle peut lui trouver ?

Pourtant, plusieurs films ces derniers temps évoquent la vie affective et la sexualité des personnes handicapées…
Les représentations qu’ils offrent sont caricaturales. Soit elles vont dans le tragique, comme dans Avant toi (un homme très riche, suite à un accident, devient très handicapé, tombe amoureux de son assistante de vie, puis préfère mourir pour la protéger). Soit elles réduisent la vie affective à une rencontre avec des professionnels de l’amour, des assistants sexuels, comme dans Hasta la vista ou The Sessions. Tout ça manque de modèles positifs auxquels les personnes en situation de handicap pourraient s’identifier. On ne voit que rarement deux personnes handicapées s’aimer, par exemple.

En savoir +

Les films récents traitant des personnes handicapées et de leur vie sentimentale, de manière caricaturale.

Avant toi (2016)

The Sessions (2013)

Hasta la vista (2011)

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