De la peau, du car­ti­la­ge, des os… impri­més en 3D, en uti­li­sant des cel­lu­les com­me matiè­re pre­miè­re. La tech­ni­que sem­ble tirée par les che­veux, mais mon coif­feur est inté­res­sé !

Il est 16h. J’ai rendez-vous chez Imagina’tif. Com­me d’habitude, mon coif­feur a envie de fai­re la cau­set­te.
« Qu’est-ce qu’elle fait en ce moment, mada­me ? » « Elle tra­vaille sur la bio-impression. » « Ah ? C’est inté­res­sant… Qu’est-ce que c’est ? » Ma cou­leur doit poser : j’ai une heu­re devant moi. « L’impression 3D, vous connais­sez ? On crée un objet sur ordi­na­teur et on l’imprime. » « Ah oui, mon neveu m’a fait un porte-savon en for­me de dino­sau­re com­me ça ! » « Eh bien, au lieu d’imprimer du plas­ti­que, on peut impri­mer du vivant. Il y a plu­sieurs tech­ni­ques, mais cel­le uti­li­sée pour impri­mer de gran­des piè­ces s’appelle l’extrusion : des fila­ments sor­tent de gros­ses serin­gues, com­me de la mayon­nai­se, et sont dépo­sés cou­che par cou­che, pour obte­nir une for­me. Sauf qu’il s’agit de maté­riel bio­lo­gi­que, com­me le col­la­gè­ne. » « Le même qui a ser­vi à com­bler les rides de ma belle-mère ? » « Oui. En plus, ces fila­ments peu­vent conte­nir des cel­lu­les vivan­tes, pri­ses dans un gel. En agen­çant tout ça, en met­tant tel­le ou tel­le cel­lu­le, à tel­le ou tel­le concen­tra­tion, on peut obte­nir un tis­su humain. Mais il y a des condi­tions à res­pec­ter. La pré­ci­sion de l’appareil doit être suf­fi­san­te. Et puis les cel­lu­les doi­vent sur­vi­vre au pro­ces­sus, ça n’est déjà pas gagné ! Elles doi­vent gar­der leurs pro­prié­tés, pou­voir se divi­ser, etc. »

Oreille imprimée en 3D © Christophe Marquette

Oreille impri­mée en 3D © Chris­to­phe Mar­quet­te

Si vous me lou­pez et me cou­pez une oreille avec vos ciseaux, on pour­ra m’en impri­mer une !”

« Mais à quoi ça sert ? » « Tout ça per­met d’obtenir, par exem­ple, de la peau : la cou­che supé­rieu­re, l’épiderme, en uti­li­sant les cel­lu­les qui la consti­tuent, les kéra­ti­no­cy­tes, et depuis peu, la cou­che infé­rieu­re, le der­me, en uti­li­sant des fibro­blas­tes. On peut aus­si par­tir de cel­lu­les sou­ches, des cel­lu­les imma­tu­res qui, si on leur envoie les bons signaux, peu­vent fabri­quer de l’os ou du car­ti­la­ge… On peut même com­bi­ner les recet­tes. Par exem­ple, en impri­mant un os, puis des zones de car­ti­la­ge sur l’os. Ou alors impri­mer du car­ti­la­ge avec la peau par-dessus… » « Et pour quoi fai­re ? » « Si vous me lou­pez et me cou­pez une oreille avec vos ciseaux par exem­ple, on pour­ra m’en impri­mer une, sans avoir besoin de don­neur. » Regard offus­qué de l’artiste capil­lai­re. « On peut aus­si uti­li­ser ces modè­les pour la recher­che et ain­si évi­ter cer­tains tests sur des ani­maux. » « Et fai­re des cœurs ? Des cer­veaux ? » « On n’en est pas là. Mais une entre­pri­se comp­te impri­mer des fol­li­cu­les pileux. Bien­tôt de nou­veaux clients pour vous ! »

Camil­le Van Bel­le

Mer­ci à Chris­to­phe Mar­quet­te (res­pon­sa­ble pla­te­for­me 3DFab, CNRS, Uni­ver­si­té Lyon 1)

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