Muriel­le Gar­cin, res­pon­sa­ble du mas­ter 2 Entraî­ne­ment et opti­mi­sa­tion de la per­for­man­ce spor­ti­ve à l’université de Lil­le ©

Quoi de mieux qu’un cock­tail de vita­mi­nes pour amé­lio­rer ses per­for­man­ces? À la maniè­re d’une potion magi­que, les sup­plé­ments ali­men­tai­res pré­ten­dent amé­lio­rer les per­for­man­ces des spor­tifs sans entrer dans la caté­go­rie des pro­duits dopants. Mais sont-ils inof­fen­sifs? Muriel­le Gar­cin, res­pon­sa­ble du mas­ter 2 Entraî­ne­ment et opti­mi­sa­tion de la per­for­man­ce spor­ti­ve de l’université de Lil­le, met en gar­de. 

Nord Êka!: Quel­le est la dif­fé­ren­ce entre com­plé­ments et sup­plé­ments ali­men­tai­res?

Muriel­le Gar­cin: Les com­plé­ments ali­men­tai­res sont pres­crits par un méde­cin pour com­bler une caren­ce due à une ali­men­ta­tion dés­équi­li­brée. Les sup­plé­ments ali­men­tai­res sont en ven­te libre. On les achè­te en club de sport, phar­ma­cie, gran­de sur­fa­ce ou sur inter­net. Ils sont cen­sés amé­lio­rer la per­for­man­ce spor­ti­ve ou ôter les rete­nues psy­cho­lo­gi­ques: en clair, ils sont sup­po­sés amé­lio­rer la puis­san­ce, la for­ce, ou dimi­nuer l’anxiété. Cachets ou ampou­les de vita­mi­nes et miné­raux, pou­dres pro­téi­nées, bois­sons éner­gé­ti­ques, entrent dans cet­te caté­go­rie.

Les jeu­nes ont-ils fré­quem­ment recours aux sup­plé­ments ali­men­tai­res?D’après une étu­de fai­te sur le cam­pus de la fac de sport, les étu­diants pren­nent des miné­raux, des vita­mi­nes… C’est cou­rant et ano­din. Mais seuls quelques-uns pren­nent du para­cé­ta­mol pour dimi­nuer la dou­leur. Ils tien­nent ce gen­re de rai­son­ne­ment: «Si j’en prends un avant je n’aurai pas mal, j’irai plus loin à l’entraînement.» Cet­te atti­tu­de est dan­ge­reu­se.

Pren­dre des sup­plé­ments peut-il être une pen­te glis­san­te vers le dopa­ge?C’est pos­si­ble: on prend un sup­plé­ment, puis deux… Mais pour moi, le vrai ris­que est avant tout psy­cho­lo­gi­que: on se crée un petit rituel –une bois­son avant l’entraînement ou avant l’épreuve– dont on devient dépen­dant. Il y a un autre ris­que, plus insi­dieux: celui d’être contrô­lé posi­tif aux tests de dopa­ges alors qu’on n’a pris que des sup­plé­ments. Une étu­de de 2004 a mon­tré que sur 634 sup­plé­ments ali­men­tai­res dits sans hor­mo­nes, 15% en conte­naient! La pré­sen­ce d’un pro­duit dopant n’est pas for­cé­ment signa­lée sur l’emballage. Le ris­que exis­te sur­tout si on achè­te via inter­net.

Connais­sant ces ris­ques, pour­quoi les spor­tifs consomment-ils des sup­plé­ments? La pres­sion, la recher­che de la per­for­man­ce: on vou­drait pro­gres­ser plus vite, pren­dre des rac­cour­cis. Le spor­tif est très naïf: il est sen­si­ble aux ima­ges des ath­lè­tes de haut niveau qui font de la publi­ci­té pour ces pro­duits et aux allé­ga­tions –pas tou­jours fon­dées– qui les accom­pa­gnent. Le com­por­te­ment de l’entourage comp­te aus­si: quelqu’un qui va à la sal­le de sport et qui voit tous ses col­lè­gues en consom­mer en pren­dra sûre­ment aus­si.

Que conseillez-vous à vos étu­diants alors? Et à tous les jeu­nes spor­tifs? L’idéal, c’est d’être indé­pen­dant vis-à-vis de tou­te sub­stan­ce. Dans l’ensemble, une ali­men­ta­tion sai­ne et équi­li­brée. L’eau convient pour des efforts qui durent moins d’une heu­re tren­te par jour. En plus, sup­plé­ments ali­men­tai­res et bois­sons de récu­pé­ra­tion sont coû­teux, alors qu’on peut se fai­re sa pro­pre bois­son, en diluant du jus de fruit par exem­ple.


«Prou­vé scien­ti­fi­que­ment…» ou pas !

Julien Aucou­tu­rier et les cher­cheurs de l’équipe «acti­vi­té phy­si­que, mus­cle, san­té» de l’université de Lil­le, ont étu­dié les effets du jus de bet­te­ra­ve sur les per­for­man­ces spor­ti­ves. Les nitra­tes conte­nus dans ce jus sont connus pour aug­men­ter l’endurance. Les cher­cheurs ont mon­tré qu’ils amé­lio­raient aus­si les per­for­man­ces sur des efforts courts mais inten­ses, chez les spor­tifs confir­més. Mais dans le cas des spor­tifs pro­fes­sion­nels, l’effet est inver­se! Les nitra­tes per­tur­be­raient la machi­ne­rie bien hui­lée qu’est le corps du spor­tif pro­fes­sion­nel. Atten­tion donc, aux allé­ga­tions «prou­vées scien­ti­fi­que­ment» ! Ce qui est bon pour cer­tains peut cau­ser du tort à d’autres.

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A propos de l'auteur

Étudiante de la filière journaliste scientifique commune à l'ESJ et l'Université de Lille – sciences et Technologies @JS23_ESJ

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