Par­mi les nom­breux tech­ni­ciens qui par­ti­ci­pent aux tra­vaux de recher­che, il a fal­lu fai­re un choix. Il s’est por­té sur Tho­mas Nicq, pho­to­gra­phe au labo­ra­toi­re His­toi­re Archéo­lo­gie Lit­té­ra­tu­re des Mon­des Anciens de l’Université de Lil­le. Et au tra­vers de l’œil du pho­to­gra­phe, l’archéologie prend une nou­vel­le dimen­sion.

 

Thomas Nicq en mission, île de Saï, Soudan. © Peter Sanders

Tho­mas Nicq en mis­sion, île de Saï, Sou­dan.
© Peter San­ders

Sou­riant, le teint halé et le regard per­çant, Tho­mas Nicq, pho­to­gra­phe, tech­ni­cien au sein du labo­ra­toi­re His­toi­re Archéo­lo­gie Lit­té­ra­tu­re des Mon­des Anciens (HALMA) de l’Université de Lil­le, débar­que tout jus­te de Grè­ce pour m’accueillir. Mais dans ses baga­ges, les pho­tos sou­ve­nirs ne sont pas cel­les des pla­ges. Car c’est pour effec­tuer les pri­ses de vue pro­fes­sion­nel­les de mil­liers de frag­ments de figu­ri­nes réa­li­sées en ter­re cui­te qu’il a rejoint l’île de Tha­sos, dans le Nord de l’Égée, sous la direc­tion d’Arthur Mul­ler, pro­fes­seur d’archéologie grec­que à l’Université Lil­le. Issues des fouilles dans les sanc­tuai­res de la cité anti­que de Tha­sos menées depuis une tren­tai­ne d’année, ces sta­tuet­tes sont ana­ly­sées afin d’en retra­cer la typo­lo­gie. Et pour réa­li­ser ce clas­se­ment, la pho­to­gra­phie est cru­cia­le. « J’utilise par­fois cin­quan­te mises au point dif­fé­ren­tes pour pho­to­gra­phier une peti­te sta­tuet­te. Une fois ces ima­ges asso­ciées et retra­vaillées, l’ensemble dévoi­le des pré­ci­sions invi­si­bles à l’œil nu. Récem­ment, l’une d’elles a par exem­ple révé­lé des tra­ces qui s’apparenteraient à des fibres de tis­su », illus­tre le pho­to­gra­phe.

© Thomas Nicq, mission Thanar, Thasos, Grèce, Halma UMR 8164.

© Tho­mas Nicq, mis­sion Tha­nar, Tha­sos, Grè­ce, Hal­ma UMR 8164.

« La pho­to­gra­phie en archéo­lo­gie est une recher­che en elle-même. C’est une curio­si­té, une contem­pla­tion… qui ten­te de fai­re preu­ve d’objectivité. Elle mon­tre, démon­tre et illus­tre, résu­me Tho­mas Nicq. Ces trois cho­ses sont liées et c’est cet­te sym­bio­se que je recher­che dans mon tra­vail. » Car oui, la pho­to­gra­phie est d’abord une piè­ce à convic­tion lors de fouilles qui évo­luent par­fois au jour le jour. Mais elle est sur­tout un outil d’analyse pour les archéo­lo­gues. II s’agit donc de mul­ti­plier les angles de vue, d’aboutir à des plans fidè­les à la réa­li­té… bref, de four­nir à l’archéologue les ima­ges démons­tra­ti­ves dont il a besoin. « Nous devons être auto­no­mes et nous devons appren­dre à com­pren­dre et à connaî­tre les objets. C’est pas­sion­nant. Et c’est aus­si un grand tra­vail d’anticipation : la lumiè­re doit révé­ler ce qu’on sou­hai­te met­tre en valeur. Dans tous les cas, on aura une ima­ge plus ou moins sub­jec­ti­ve qui ne repré­sen­te­ra qu’une des mul­ti­ples « réa­li­tés » de l’objet, l’essentiel étant que cet­te sub­jec­ti­vi­té soit en har­mo­nie avec l’objectif de la recher­che. » Enfin, des­ti­née à l’illustration des publi­ca­tions, sa réus­si­te esthé­ti­que va de pair avec sa réus­si­te tech­ni­que.

Pour rele­ver tous ces défis de repré­sen­ta­tion, les tech­ni­ques pho­to­gra­phi­ques évo­luent petit à petit et doi­vent s’adapter à dif­fé­ren­tes situa­tions et sou­haits de pri­ses de vue. « De la cap­ta­tion aérien­ne aux macro­pho­to­gra­phies en pas­sant par les pri­ses de vue en lumiè­re ultra­vio­let­te ou infra­rou­ge… Les deman­des sont plus lar­ges et vont de la pho­to­gra­phie sur site à cel­le en labo­ra­toi­re. La pho­to­gra­phie est vrai­ment mul­ti­ple », confir­me Tho­mas Nicq. Résul­tat, c’est pres­que 100 kg de maté­riel qui le suit dans tous ses dépla­ce­ments : une per­che en alu­mi­nium qui peut mon­ter jusqu’à 7 mètres de haut, des cerfs-volants, plu­sieurs appa­reils pho­tos, tou­tes les opti­ques, les bat­te­ries et depuis peu, un dro­ne…

© Thomas Nicq, île de Saï, Soudan, Halma UMR 8164.

© Tho­mas Nicq, île de Saï, Sou­dan, Hal­ma UMR 8164.

Car oui, le dro­ne s’impose dou­ce­ment dans le mon­de de la pho­to­gra­phie aérien­ne en archéo­lo­gie et deman­de une for­ma­tion spé­ci­fi­que. « Il s’agit d’avoir conscien­ce des angles, de la quan­ti­té des pri­ses de vue, des hau­teurs néces­sai­res et de la réso­lu­tion afin que la réa­li­sa­tion soit confor­me aux atten­tes », pré­ci­se le pho­to­gra­phe. Mais une fois maî­tri­sée, la pri­se de vues par dro­nes per­met de res­ti­tuer métri­que­ment et scien­ti­fi­que­ment une sur­fa­ce don­née. Cet­te tech­ni­que de pho­to­gram­mé­trie a notam­ment été uti­li­sée sur le chan­tier éco­le de Bavay, sous la codi­rec­tion de Lae­ti­tia Meu­ris­se, ingé­nieur de recher­che en archéo­lo­gie à l’Université de Lil­le, et Patri­ce Her­bin res­pon­sa­ble du ser­vi­ce archéo­lo­gi­que dépar­te­men­ta­le du Nord (https://halma.univ-lille3.fr/index.php/chantier-ecole-bavay-civitas-nerviorum/) : l’assemblage de cen­tai­nes de pho­to­gra­phies a per­mis de res­ti­tuer fidè­le­ment le pave­ment de la basi­li­que fait de mar­bres de dif­fé­ren­tes cou­leurs. « Mais le cerf-volant, avec sa nacel­le et le déclen­che­ment à dis­tan­ce, res­te tout de même un allié fidè­le dans cer­tains pays, com­me en Egyp­te, où le dro­ne est inter­dit… », rap­pel­le le pho­to­gra­phe.

Pour le moment, Tho­mas Nicq remet son dro­ne dans ses baga­ges et s’envole vers l’Italie pour trois semai­nes à San­ta Mari­nel­la où la mer a gri­gno­té une par­tie du site de Cas­trum Novum, IIIe siè­cle av. J.-C. (https://cefr.revues.org/1692), dont elle a révé­lé la stra­ti­gra­phie. Les pho­tos « sou­ve­nirs » seront cet­te fois emprein­tes d’histoire romai­ne.

Alexan­dra Pihen

 

Thomas Nicq © NordÊka

Tho­mas Nicq © Nor­dÊ­ka

Les dif­fé­ren­tes mis­sions de Tho­mas Nicq

  • Réa­li­ser des pri­ses de vues pho­to­gra­phi­ques sur site et en labo­ra­toi­re, en assu­rer le trai­te­ment pour leur inté­gra­tion dans dif­fé­rents sup­ports d’édition et de com­mu­ni­ca­tion ;
  • Assu­rer tout ou par­tie des opé­ra­tions tech­ni­ques liées à la pro­duc­tion de res­sour­ces pho­to­gra­phi­ques ;
  • Créer des modu­les 3D à par­tir de pri­ses de vues pho­to­gra­phi­ques ;
  • Réa­li­ser des ortho­pho­to­gra­phies, et assu­rer un tra­vail pho­to­gram­mé­tri­que ;
  • Assu­rer des cours en pho­to­gra­phie aux étu­diants L2 archéo­lo­gie.

 

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