De sa nais­san­ce à Lil­le en 1923 à sa ren­con­tre avec Ein­stein, retour sur le par­cours de cet­te mathé­ma­ti­cien­ne qui a été la pre­miè­re fem­me élue à l’Académie des scien­ces.

Qui est Yvon­ne Choquet-Bruhat ?

La mathématicienne Yvonne Choquet-Bruhat - © B. Eymann - Académie des sciences

La mathé­ma­ti­cien­ne Yvon­ne Choquet-Bruhat

« Je savais qu’elles exis­taient. » Voi­ci la réac­tion posée d’Yvonne Choquet-Bruhat à l’annonce de la tou­te pre­miè­re détec­tion des ondes gra­vi­ta­tion­nel­les, en 2016. Et pour cau­se : ses tra­vaux mathé­ma­ti­ques, qui trou­vent des appli­ca­tions en phy­si­que, ont per­mis de confir­mer le modè­le qui pré­di­sait ces fameu­ses ondes. La nona­gé­nai­re, qui répond aux mails qu’on lui envoie dans les cinq minu­tes et depuis son iPho­ne, est en effet l’une des plus brillan­tes mathé­ma­ti­cien­nes fran­çai­ses. En 1979, elle devient la pre­miè­re fem­me élue à l’Académie des scien­ces depuis la créa­tion de cet­te ins­ti­tu­tion, en 1666. D’un ton aler­te, Yvon­ne Choquet-Bruhat racon­te volon­tiers son par­cours de fem­me de scien­ce, qui a débu­té à une épo­que où les fem­mes n’avaient pas enco­re le droit de vote.

Yvon­ne Bru­hat obtient le bac­ca­lau­réat en 1941. Son père, Geor­ges Bru­hat, est un célè­bre phy­si­cien, pro­fes­seur à l’École nor­ma­le supé­rieu­re de Paris. Il décou­ra­ge sa fille de fai­re méde­ci­ne, car il s’agit pour lui d’un métier trop pre­nant. À cet­te épo­que, la tra­di­tion éta­blie veut en effet que les fem­mes se consa­crent à l’éducation des enfants.  « Mais moi, j’aimais vrai­ment les scien­ces et je réus­sis­sais. » En 1946, elle est en effet reçue pre­miè­re à l’agrégation de mathé­ma­ti­ques.

« Les hom­mes n’aiment pas que des fem­mes soient plus brillan­tes qu’eux. »

Lorsqu’elle rejoint l’université de Mar­seille en 1953 en tant que maî­tre de confé­ren­ces, elle est la seule fem­me. « Je n’étais pas mise à l’écart par mes col­lè­gues mas­cu­lins, mais je regret­tais qu’il n’y ait pas plus de fem­mes, pour pou­voir me fai­re plus d’amies. » À l’époque, les autres fem­mes n’envisageaient pas de se lan­cer dans une car­riè­re scien­ti­fi­que, car ce n’était pas bien vu et elles ne pen­saient pas en être capa­bles. « Et les hom­mes n’aiment pas que des fem­mes soient plus brillan­tes qu’eux », ajou­te la mathé­ma­ti­cien­ne.

« Albert Ein­stein était un hom­me vrai­ment bien­veillant. »

Brillan­te, Yvon­ne Choquet-Bruhat l’est assu­ré­ment. Elle suit les cours de Jean Leray, un mathé­ma­ti­cien fran­çais de renom. Ce der­nier, lorsqu’il part à Prin­ce­ton, aux États-Unis, l’invite à le sui­vre en tant qu’assistante. C’est là qu’elle ren­con­tre Albert Ein­stein, en 1951. « Il m’a deman­dé de lui expo­ser ma thè­se, basée sur sa théo­rie de la rela­ti­vi­té géné­ra­le, en fran­çais, me disant qu’il me répon­drait en anglais. À la fin de mon expo­sé, il m’a dit que je pou­vais venir le voir quand je le vou­lais. Albert Ein­stein était un hom­me vrai­ment bien­veillant. »

Par la sui­te, Yvon­ne Choquet-Bruhat ensei­gne à la facul­té des scien­ces de Paris de 1960 à 1970, puis à l’université Pierre-et-Marie-Curie de 1971 à sa retrai­te, en 1992. Ses tra­vaux sont récom­pen­sés par la médaille d’argent du CNRS en 1958. Elle est nom­mée Grand-croix de l’ordre natio­nal du Méri­te en 2012 et Grand-croix de la Légion d’honneur en 2015.

A-t-elle été frei­née dans son par­cours par le fait d’être une fem­me ? « Je n’ai pas eu de pro­blè­me dans ma car­riè­re, mais mes pro­mo­tions ont peut-être été plus len­tes à venir que si j’avais été un hom­me. » Aux jeu­nes filles d’aujourd’hui qui vou­draient se lan­cer dans une car­riè­re scien­ti­fi­que, elle conseille : « Si vous aimez cela, n’hésitez pas, lancez-vous. »

Pour en savoir plus sur la vie d’Yvonne Choquet-Bruhat, lire sa bio­gra­phie, Une mathé­ma­ti­cien­ne dans cet étran­ge uni­vers, Paris, Odi­le Jacob, 2016, 320 p.

Une famil­le très scien­ti­fi­que

Son père, Geor­ges Bru­hat, est un phy­si­cien de renom, pro­fes­seur à l’École nor­ma­le supé­rieu­re de Paris. Durant la Secon­de Guer­re mon­dia­le, il est dépor­té et décè­de au camp de Buchen­wald, accu­sé par les Nazis de ne pas leur avoir com­mu­ni­qué les coor­don­nées d’un élè­ve résis­tant qu’ils recher­chaient.

Sa mère, Ber­the Hubert, est pro­fes­seur agré­gée de phi­lo­so­phie.

Son frè­re est le mathé­ma­ti­cien Fran­çois Bru­hat, reçu pre­mier à l’École nor­ma­le supé­rieu­re en 1948 et au concours de l’agrégation en 1951. Il a ensui­te été direc­teur du dépar­te­ment de mathé­ma­ti­ques de l’université de Paris (la Sor­bon­ne).

Son second mari, Gus­ta­ve Cho­quet, est un mathé­ma­ti­cien qui a reçu en 1968 le Grand Prix des scien­ces mathé­ma­ti­ques de l’Académie des scien­ces, dont il a été élu mem­bre en 1976 dans la sec­tion Mathé­ma­ti­ques.

Son fils, Daniel Cho­quet, est un neu­ro­bio­lo­gis­te fran­çais. Il est mem­bre de l’Académie des scien­ces depuis 2011. Il étu­die le rôle des récep­teurs des cel­lu­les du cer­veau, les neu­ro­nes, dans des mala­dies tel­les que Par­kin­son ou Alz­hei­mer. Il a reçu en 2004 le grand prix du CEA et en 2009 la médaille d’argent du CNRS.

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A propos de l'auteur

Étudiante en journalisme scientifique à l'ESJ Lille.

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